Céline Procop (Guyenne Papier) : "Le marché de l'emballage doit se poser des questions"

Actualité

19 juil. 2022 à 15:27

Nouveaux concepts d'emballage Emballages recyclables ou biodégradables

Exposant sur le CFIA Rennes et CFIA Toulouse, Guyenne Papier s’est récemment démarqué par son papier « révolutionnaire », fruit de plusieurs années de travail, permettant de transformer le papier « traditionnel » en papier d’emballage. Céline Procop, présidente de la société, a accepté de répondre aux questions de myCfia.com à ce sujet. Instructif. 


Comment est venue l’idée de ce procédé « révolutionnaire » ?

Notre métier est de rajouter à du papier des propriétés qu’il n’a pas intrinsèquement. Ces dernières années, quand nous avons vu la problématique du plastique grossir, nous nous sommes demandés ce que nous pouvions faire pour enduire le papier avec des sauces à base d’eau, puisque c’est ce que nous faisons, mais qui apporteraient un effet filmogène au papier et qui le rendraient barrière à la vapeur, au gras, etc... 

Nous avons travaillé cette technique en R&D pour essayer de trouver des sauces qui permettent de rendre le papier imperméable et ainsi trouver des alternatives au plastique. Nous avons créer la gamme SuniBARRIER pour le monde de l’emballage. Rappelons-nous que, dans les années 80-90, l’industrie du papier s’est fait sortir du monde de l’emballage. Aujourd’hui, on percoit les limites du plastique, sa recyclabilité notamment, et l’industrie du papier est sollicitée de nouveau pour ce qu’elle faisait auparavant : être un acteur majeur dans le monde de l’emballage. 


Cela pourrait être une avancée très intéressante, notamment pour l’industrie agroalimentaire pour qui l’emballage reste un enjeu majeur…

C’est une thématique centrale mais qui est très récente. Elle a globalement moins de 2 ans d’un point de vue législatif, et moins de 8 mois du point de vue du consommateur. 



De votre côté, quand avez-vous commencé à travailler sur ce nouveau procédé ? 

Cela fait 4 ans que nous travaillons sur la gamme SuniBARRIER. Nous avons toujours eu en tête ces produits et ceci depuis des années. Je savais que ces produits avaient de la pertinence, qu’ils pourraient trouver leur chemin et que leur utilisation avait plus de sens que certaines applications plastiques. Mais jusqu’à présent le législateur n’avait pas légiféré et il faut se le dire, l’emballage papier enduit coûte plus cher qu’un film, donc sans une réglementation, les clients n’allaient pas forcément vers cette solution-là. 

Nous nous souhaitions vraiment travailler autour de ce produit en misant sur l’avenir, mais c’était aussi un véritable coup de poker.  


Cela était également un vrai engagement de votre part à l’époque ! 

Exactement. C’était un produit intelligent et je me suis toujours dit que l’on trouverait des clients. Cela aurait pu être une niche, rester confidentiel, mais j’étais persuadée que nous étions dans la bonne direction. Notre mission consistait également à travailler le produit en profondeur pour être cohérent, que ce soit d’un point de vue technologique mais en termes de performance économique et donc tarifaire. 


Êtes-vous désormais en contact avec certains clients, notamment des IAA ?

Bien sûr. On a certains produits qui sont commercialisés et énormément d’autres qui sont en phase de validation industrielle. Notre gamme SuniBARRIER a complément trouvé son public. 



Est-ce à destination de tous les usages ou y-a-t-il certaines spécificités ?

La base de cette révolution se situe dans le fait de remettre en question le cahier des charges des produits. Il y a un vrai questionnement de fond autour de tout ça : comment décide-t-on de produire désormais ? Est-ce que l’on veut encore produire en masse ? Stocker en masse ? Fournir en masse aux clients ? Cette recherche de la performance industrielle ultime nous oblige à des cahiers des charges en matière d’emballage qui sont tout aussi ultime. 

On parle beaucoup de flexibilité, on parle beaucoup de petites séries, on parle beaucoup de circuits courts… il est aussi possible que sur certaines applications on ait besoin de remettre en question le cahier des charges pour ne plus forcément avoir des DLC à 8 ou 12 mois mais à 3 ou 4 mois. Le marché de l'emballage doit se poser des questions et nous, en tant que consommateur, on doit accepter que les choses évoluent en fonction de cela. 

Chez Guyenne Papier, nous nous adressons à des personnes qui ont besoin d’un emballage papier, mais pour lequel l’emballage papier ne suffit pas. Aujourd’hui, quand vous voyez des pommes emballées dans une cagette en papier, cela suffit largement il n’y a pas besoin de nous. Nous nous allons plus aller vers de l’agroalimentaire qui ont besoin de DLC, d’industriels qui ont besoin d‘anti-abrasion…


Si vous pouviez avoir une baguette magique, quel serait le futur rêve pour ce papier « révolutionnaire « ?

C’est une jolie question (rires). Mes vœux sont nombreux : déjà je n’aime pas opposer les choses donc je ne ferai pas de « plastique bashing » et j’aimerai que le plastique trouve sa juste position. C’est important car il y a des choses que le papier ne fera jamais. Comme on a pu beaucoup décrier le papier à une époque, ne décrions pas le plastique qui a tout à fait sa pertinence dans certains usages. 

Si je peux avoir un autre vœu : que les industriels papetiers que nous sommes gardent la tête froide sur ce qui nous est possible de faire sans essayer de rajouter de produits trop controversés dans le papier pour gagner en performance technique, au détriment d’une très bonne recyclabilité qui est le sujet même de la loi AGEC. 


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