« Mon conseil aux industriels est de développer des produits plus sains »… L’analyse de Sophie de Reynal

Actualité

29 sept. 2020 à 10:14

Après Isabelle Kaiffer de Nielsen, c’est au tour de Sophie de Reynal – Directrice Marketing – Club PAI – de livrer sur le blog MyCFIA son expertise sur la consommation des Français et sur leur comportement à la sortie de cette crise sanitaire.  Quelles conséquences pour les entreprises agroalimentaires ? Décryptage.

Que retenir de ces derniers mois sur la consommation des Français ?

Les Français ont moins consommé, se recentrant sur l’essentiel et se passant du superflu. En termes de circuits de distribution, les grands hypermarchés ont bénéficié du stockage de début de confinement, les magasins de proximité, le e-commerce (drive et livraison) et le local sont les grands gagnants du confinement. En termes de marchés, on a beaucoup parlé des pâtes, de la farine et des œufs, mais le plus notable concerne le surgelé salé qui était en perte de vitesse avant le virus et qui a fait des scores bien supérieurs au frais pendant le confinement. Le côté pratique mais aussi une impression de produits plus sûrs, ont sans doute motivé les achats.

Alors que la naturalité, le clean label et le développement durable étaient les tendances fortes avant l’épidémie, l’angoisse de la contamination a conduit les consommateurs à décontaminer à outrance à grands coups de gel hydroalcoolique voire d’eau de javel. On n’a jamais autant utilisé de produits d’entretien. Les objets plastiques à usage unique reviennent sur le devant de la scène, certains emballages moins biodégradables ou recyclables (re)deviennent protecteur du virus…. si notre santé est en jeu, il est dommage d’en oublier le développement durable.


Assiste-t-on à l’émergence d’une « génération Covid-19 » avec des évolutions dans leur façon de s’alimenter, qui perdureront ?

Le confinement n’a pas duré assez longtemps pour que des habitudes s’ancrent, d’autant que les changements qui se sont opérés ont été subis et non souhaités. Si les Français se sont remis à cuisiner c’est parce qu’ils n’avaient pas le choix, ils ont fait du pain et des gâteaux pour occuper leurs enfants. Les produits festifs et conviviaux qui ont beaucoup souffert du confinement ont retrouvé des couleurs dès le 11 mai, alcool en tête. Le e-commerce qui était balbutiant en GMS a gagné de nombreux adeptes pendant le confinement et devrait continuer à progresser plus nettement.

Cependant, la crise économique que nous subissons va mettre une majorité d’entre nous face à des arbitrages et, comme en 2008, ils ne seront pas majoritairement en faveur de l’alimentaire. Dans le déclaratif, les consommateurs veulent des produits plus sains, plus frais, plus locaux, plus solidaires envers les producteurs…mais dans le même temps les MDD progressent, les demandes affluent dans les épiceries solidaires, les restaurants du cœur et au secours populaire. Alors que nous assistions à une montée en gamme de l’alimentation, les gens mangeaient moins en dépensant plus, nous allons vers un recul à la fois des volumes et du chiffres d’affaires, avec des ventes en hard discount qui progressent de nouveau.


Pour la production des entreprises agroalimentaires, ce contexte invite-t-il davantage à intégrer d’autres paramètres qui n’étaient pas forcément prioritaires avant la crise sanitaire ?

Les aspects environnementaux, équitables et de santé vont rester très présents dans les attentes des consommateurs. Ce sont des valeurs qu’ils vont attendre des industriels, tout comme la transparence, mais pas à n’importe quel prix en raison d’un pouvoir d’achat en baisse.

On voit un travail important qui a été fait sur les emballages alimentaires pour les rendre recyclables, compostables, biodégradables…il faut continuer dans ce sens sans remettre en cause la sécurité alimentaire. En outre la commission Européenne a lancé le pacte vert Européen pour Rendre l’économie durable et circulaire pour promouvoir l’utilisation efficace des ressources et faire face au changement climatique et à la dégradation de l’environnement. L’objectif est d’être le premier continent neutre en carbone d’ici 2050. Deux stratégies sont proposées : l’une sur la protection et la restauration de la nature au sein de l’UE et l’autre Farm to Fork, pour construire un système alimentaire viable pour les consommateurs, les producteurs, le climat et l’environnement. Cette volonté politique est un signal fort pour tous les acteurs de la profession. La crise sanitaire a mis en évidence les limites de la mondialisation et la nécessité d’une autosuffisance alimentaire et sanitaire à minima européenne, mais sommes-nous prêts à repenser nos modes de consommation ?

Les discours contradictoires émanant de politiques ou de scientifiques engendrent beaucoup de confusion pour les consommateurs qui attendent des experts des certitudes qu’ils n’ont pas ! Au cours des trois derniers mois on a entendu tout et son contraire (masque ou pas masque, le temps de survie du virus sur les aliments, l’hydroxychloroquine, …) Cette cacophonie sanitaire est très anxiogène pour les consommateurs.

Mon conseil aux industriels est d’adopter une démarche éthique en toute transparence mais aussi de développer des produits plus sains car la santé a été au cœur des débats. On a évoqué l’importance du système immunitaire mais aussi tous les facteurs de co-morbidité (obésité, diabète, MCV, …). Les consommateurs, notamment les jeunes générations, ont conscience de l’importance de la prévention. Des produits plus propres, plus sains, plus simples, moins transformés, des produits qui font attention aux hommes et à la planète, mais aussi des produits tout prêts, faciles d’accès…et bien sûr délicieux !

Ma conviction est que les consommateurs (en tous cas les urbains) vont continuer d’externaliser leur alimentation. Un modèle de type cuisine centrale éco-conçue aurait déjà dû voir le jour en milieu urbain : elle travaillerait des produits frais, de saison, pour faire des repas équilibrés et abordables (puisqu’en grandes quantités) destinés à des consommateurs dans une zone de chalandise donnée, avec retrait en casier avec UV ou livraison à domicile.

 

Pour accéder au site myCfia, cliquez ici !

 

Sophie de Reynal donnera une conférence lors du prochain CFIA Rennes, le mardi 29 septembre de 11h30 à 12h15. Découvrez le programme complet des conférences sur le site

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