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Après le Covid-19, comment « reterritorialiser » l’industrie agroalimentaire ?

août 2020
Par MyCfia

Depuis le tournant des années 1990-2000, l’économie perçoit les territoires à l’aune de leur compétitivité, c’est-à-dire de leur capacité à s’insérer dans les échanges internationaux pour créer de la valeur, de l’emploi et contribuer au solde commercial du pays concerné. Il en résulte une intégration sans cesse plus poussée dans des chaînes de valeur globales, au sein desquelles chaque territoire essaie de capter une partie significative de la valeur créée.

Il en a été ainsi des territoires agricoles à partir des années 1950 : afin d’assurer une production intensive de masse, l’industrie agroalimentaire (IAA) s’est structurée en chaînes de valeur globales dominées par des groupes industriels et la grande distribution, au sein desquelles les territoires se sont spécialisés. Les produits agricoles bruts sont collectés, conditionnés et exportés pour être transformés sur le territoire ou à l’étranger, souvent sans distinction.

Ce modèle est régulièrement critiqué pour ses coûts induits, ou « externalités négatives » : dégradations environnementales liées à la production intensive, à la monoculture et au transport international, risques sanitaires générés par l’utilisation d’intrants dangereux ou polluants, ou encore moins-disant social suscité par la pression concurrentielle et la recherche d’une rentabilité maximale.

La crise du Covid-19 a quant à elle mis en relief sa grande fragilité : la gestion en flux tendus a eu comme corollaire la faiblesse des stocks disponibles, alors que les mesures de confinement désorganisaient les chaînes de production et de distribution et que les États imposaient des restrictions aux échanges internationaux pour raisons sanitaires ou stratégiques.

Comment serait-il dès lors possible de « reterritorialiser » certains bassins de production et d’industries, dont l’IAA, de façon à reconnecter territoires de production et de consommation pour en garantir l’autonomie et la sécurité alimentaire, la contribution au changement climatique et la restauration de la biodiversité ?

Voie localiste

Une première voie pourrait être qualifiée de « localiste », privilégiant l’organisation de l’activité économique à l’échelle des espaces régionaux. Ce modèle, qui fait aussi l’objet de l’attention des pouvoirs publics dans le cadre de « projets alimentaires territoriaux » (PAT), a connu un regain avec la crise du Covid-19, la période de confinement ayant été propice aux réflexions en matière de santé et d’environnement.

Puisque la mise en danger des écosystèmes semblait avoir largement contribué au développement de la pandémie, les consommateurs ont cherché à se procurer des produits de qualité, si possible locaux. On a ainsi observé durant cette période une nette augmentation des ventes en circuits courts.

Mais sa généralisation se heurte à un obstacle majeur : son coût pour le consommateur final. Lorsque le transport pèse peu dans le coût du produit fini (ainsi les bananes, où la part du transport maritime dans le coût est quasi négligeable), l’échange international permet à chaque territoire de se spécialiser là où sa productivité est la plus importante, tout en important les produits qu’il ne peut pas produire lui-même, ou bien à coût plus élevé, suivant ainsi la théorie des avantages comparatifs de David Ricardo.

La production en quantités importantes que permet l’accès aux marchés internationaux contribue à rentabiliser les infrastructures et donc réduire les coûts de production moyens. A contrario, dans les conditions actuelles, une agriculture circonscrite à un territoire restreint ne pourrait produire qu’une quantité et une variété de produits limitées, à des coûts plus élevés, avec des implications pour les consommateurs aux revenus les plus modestes.

Si les circuits courts peuvent ambitionner de recréer un lien de confiance entre agriculteurs et consommateurs, ils peinent donc à alimenter les grandes métropoles. Ils ne sauraient se substituer totalement aux schémas existants sans prise en compte de la valeur marchande des coûts induits par le modèle actuel et la transition vers une économie réellement circulaire.

Nécessaire adaptation des entreprises de l’IAA

Au-delà d’un modèle purement local, on peut envisager une réorganisation de l’IAA à l’échelle nationale. La France dispose d’une population nombreuse, d’une surface cultivable importante et d’espaces agricoles (sols, climats) diversifiés, permettant de produire une grande variété de biens alimentaires à l’échelle du territoire tout en réalisant des économies d’échelle.

 

Par The Conversation

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